Péguy ou la continuité de l’Histoire de France

septembre 6, 2014 dans Comptes-rendus par paris

P1020780-2Le vendredi  5 septembre au soir, sous les voûtes de la Basilique Sainte-Clotilde de Paris, nous priions pour le repos de l’âme du lieutenant Charles Péguy, tombé pour la patrie à l’orée d’une guerre qui vit tomber  tant de jeunes Français sur la terre froide et boueuse, mal défendue, de leur sol natal. Ce ne fut pas une commémoration comme une autre, célébrée à l’occasion du centenaire de la Grande guerre. Au coeur sacrifice du lieutenant Charles  Péguy, dans le secret de son anéantissement terrestre, dans son sacrifice ultime, il y a une centralité qui reconnait l’importance de la « terre chemin du ciel » pour reprendre le titre d’un livre de Fabrice Hadjaj. Il y a quinze ans, à l’approche de notre vingtième anniversaire, quand tout s’achevait de se forger  dans notre esprit, la présence de Péguy ne se limita pas à des lectures. Elle fut charnelle avant d’être spirituelle. Ce fut un sentiment partagé.

Par quelques rencontres improbables nous avons tenus entre nos mains le plus vieux texte, très puéril, échappé de sa plume, à l’époque de son passage au lycée d’Orléans. Nous aimions en ce temps-là nous lancer sur la route de Chartres certaines fin de semaines du printemps. Les champs de blés et les forêts d’Ile-de-France rythmaient nos marches diurnes et nos veillées nocturnes. En d’autres soirs, place du Palais-Royal, le regretté maître Jean-Marc Varaut, nous expliquait l’importance de méditer le rendez-vous raté entre Charles Péguy, Georges Sorel et Charles Maurras, tel que le philosophe Pierre Boutang l’avait mis en perspective. Cela se construisait autour d’un socialisme français extrêmement complexe à cerner. A quelques distances temporelles, le jeune romancier Sébastien Lapaque nous assénait dans des cafés du Quartier Latin des lectures inoubliables de pages extraites de Victor-Marie comte Hugo, l’un des
textes clefs de ce normalien témoin enthousiaste de ce qu’avait été l’ancienne France, choisie comme mesure bien maîtrisé de sa pensée.

Combien de fois, en sortant de nos cours de philosophie dans les vieux amphithéâtres de la Sorbonne  sommes-nous passés devant la boutique des Cahiers avant de rejoindre bruyamment la rue des Ecoles ? Une phrase tirée de l’Argent, suite, « La République, une et indivisible, c’est notre royaume de France », bien plus que la mystique dégradée en politique, fut la mesure de nos vingt ans. C’est cette continuité de l’Histoire de France que Jean-Pierre Chevènement évoque à sa façon, ce jeudi dans les colonnes du Figaro, en prenant  un juste prétexte de la figure et l’œuvre de Péguy. Son maître en la matière, Raoul Girardet, fut un peu le nôtre aussi. Tout ceci à un sens.

Notre Péguy le Péguy dont nous faisons mémoire, est un « Péguy de combat », comme l’a célébré jadis Rémi Soulié. C’est aussi un homme, un Français, un chrétien tourmenté, qu’il ne s’agit pas d’annexer ou de récupérer, mais bien d’offrir comme modèle d’honnêteté intellectuelle et de patriotisme à ceux qui aujourd’hui expérimentent « l’enracinement » comme  la dernière réponse au nihilisme contemporain. Après avoir lu Péguy, on meurt à coup sûr pour une juste cause.

« La réforme territoriale, pour quoi faire ? » retour sur le débat entre Hervé Gaymard, Gérard-François Dumont et Jean-Christophe Fromentin

juillet 9, 2014 dans Comptes-rendus par paris

reformeterritoriale2La réforme territoriale : pour quoi faire ? avec Hervé Gaymard (Député UMP de Savoie et Président du Conseil Général de la Savoie), Gérard-François Dumont (Géographe, professeur à l’université à Paris 4-Sorbonne) et Jean-Christophe Fromantin (Député-maire UDI de Neuilly-sur-Seine)

Les intervenants se sont accordés sur la nécessité de réaliser une réforme des collectivités territoriales mais ont également rejeté – de concert – la manière avec laquelle le gouvernement menait actuellement le projet. La simplification du réseau administratif, les économies attrayantes et une décentralisation des activités peuvent paraître des atouts séduisants de la loi, à condition que cela soit mené de manière intelligible et justifiée.

 

Hervé Gaymard a tenu à dénoncer les idées reçues quant aux bénéfices de cette loi ; les économies promises par ce projet de loi seraient un leurre, engendrant surtout des restrictions budgétaires sur les services à la population. Le député, qui sera également rapporteur de la loi à l’automne, souligne qu’elle ne tient pas compte de la diversité du territoire et que la création de tels nano-états fait fi des préoccupations sociales et identitaires ; qui peut, par exemple, revendiquer une identité Rhône-Alpine ? La désignation des élus par les partis s’inscrira également dans cette absence totale d’intérêt de la population locale. Les solutions proposées par l’élu sont le retour des conseillers territoriaux, le renforcement des compétences obligatoires en région et la valorisation de la région suivant son domaine de compétence (culture, tourisme, …) afin que la décentralisation soit active et efficiente. Lire la suite →

« Liberté ou identité, faut-il choisir ? » retour sur la conférence d’Alain Finkielkraut

avril 7, 2014 dans Comptes-rendus par paris

 

conf-finkieVous avez fait paraître L’Identité malheureuse (Stock) il y a quelques mois, un livre qui a soulevé de violentes passions. On vous a accusé, vous le descendant de Juifs polonais déportés, de faire l’apologie d’un « nationalisme barrésien. » Avez-vous changé dans votre sentiment vis-à-vis de la France ?

 

Ni dans ma pensée, ni dans mon sentiment, il n’y a eu de revirement : je ne suis pas passé de l’hostilité à l’amour. J’ai certes longtemps vécu dans un sentiment d’indifférence accompagné de méfiance à l’égard des formes du nationalisme français quand elles allaient de pair avec un antisémitisme. Si je me réfère à Barrès aujourd’hui, ce n’est pas pour une réconciliation. J’ai lu Les familles spirituelles de la France, où, en 1917, Barrès se réconcilie avec les Juifs, car il les avait vu payer le tribut du sang dans la guerre. Mais en aucun cas, je ne peux subir le reproche d’être barrésien. Je me rappelle que dans un débat où on l’interpellait sur son antidreyfusisme, Barrès répondait : « Dreyfus est coupable, je le sais de sa race, il est couleur de traitre ». Evidemment, je n’ai jamais subis pour ma part les effets de ce nationalisme. Reste que j’ai été élevé dans la méfiance à l’égard de ses manifestations.

En tant que juif, j’ai été élevé dans l’amour inconditionnel pour Israël. Pour moi, la politique se posait en termes universalistes, et ici j’avais le sentiment de vivre dans une société plus que dans une nation. Mon identité restait juive au fond. Mais en même temps, toute ma vie intellectuelle a été placée sous le signe de Péguy qui dit qu’il faut suivre des indications sans faire de plan. Or, le problème s’est posé à moi un jour sans que je l’aie cherché : la France a fait son apparition en 1989, à l’occasion du débat sur la laïcité. A Creil, un principal avait exclu trois jeunes filles qui voulaient porter le voile en classe. Cette mesure suscita une polémique très vive : les responsables des églises dirent tout de suite leur hostilité et leur inquiétude devant le retour d’une laïcité de combat. L’archevêque de Paris, le Grand rabbin comme les chefs protestants élevèrent la voix. Les associations antiracistes, elles aussi, soutenaient les jeunes filles. Avec quelques autres, je publiai un texte sous le titre : Profs, ne capitulons pas. Le Ministre de l’Education nationale de l’époque était prêt à reculer. Il pensait alors que la République ne pouvait être menacée par cette offensive. Lire la suite →

Retour sur la Causerie avec Pierre-Edouard Ducray : Retraites et liens intergénérationnels

mars 14, 2014 dans Comptes-rendus par paris

du-crayRetraites et liens intergénérationnels

Les liens intergénérationnels étaient tissés bien avant l’avènement de l’État-providence. Le terme retraite, entendu dans le sens d’une personne qui ne travaille plus et qui touche une pension, n’apparaît qu’en 1870.

 

La Problématique:

Du fait de la baisse de la natalité et de l’augmentation de l’espérance de vie, l’État et la sécurité sociale, qui ont la haute main sur les retraites, sont confrontés à un défi sans précédent : garantir, passé l’âge de 60 ans, la rente universelle pour tous, sans asphyxier l’économie ou provoquer le sursaut de ceux qui vont devoir payer le prix des promesses passées : les jeunes

 

Genèse de l’« État-providence » de la retraite

-1853 : Un an et demi après le coup d’État, la loi impériale du 9 juin instaure un régime de retraite pour l’ensemble des fonctionnaires d’État financé directement par le Budget. Les grands principes de cette loi sont toujours en vigueur aujourd’hui

-1910 : La loi « Viviani » du 5 avril instaure un régime de retraite par capitalisation pour tous les salariés qui gagnent moins de 3 000 francs par an, mais elle ne sera jamais totalement appliquée

-1930 : La loi « Laval » du 30 avril instaure un nouveau régime général pour tous les salariés qui gagnent moins de 15 000 francs par an

-1941 : La loi « Belin » du 14 mars organise, dans ce régime, le basculement intégral de la capitalisation à la répartition.

-1945 : Les ordonnances des 4 et 17 octobre 1945 et la loi du 22 mai 1946 planifient la généralisation de la retraite obligatoire à l’ensemble des travailleurs – quels que soient leurs revenus – et confirment le choix de la répartition. Lire la suite →

« Le clivage droite/gauche, mythe ou réalité ? » retour sur la conférence de Chantal Delsol

février 28, 2014 dans Comptes-rendus par paris

Chantal-DelsolConférence de Chantal Delsol, espace Bernanos, le 13 février 2014

Comment discerner les lignes de pensée de droite et de gauche ? Au-delà des partis, sur quels postulats reposent les différences profondes entre les deux bords de la politique française ? Il y a fort à parier que c’est dans leurs visions de l’homme qu’il faut les chercher. Rares sont les livres qui examinent la question sous cet angle, en particulier parce que la droite est identifiée au pétainisme et que, s’il existe bien une conscience de droite, il est plus difficile de saisir un discours de droite. Aussi la bibliographie politique se réduit-elle dans l’ensemble à des ouvrages sur la gauche et sur l’extrême-droite.

Léo Moulin proposait cependant, dans La droite, la gauche et le péché originel, une lecture intéressante de l’opposition qui structure notre vie politique. A ses yeux, la droite considère que l’homme porte en lui, indissociables, le bien et le mal, alors que la gauche, suivant l’intuition du moine Pélage, pense que le mal est historique : ayant commencé à être à une date donnée, il peut tout aussi bien cesser d’être, si l’on fait ce qu’il faut. L’homme peut donc, par sa seule action, se débarrasser du péché. (Soit dit en passant, le christianisme a eu besoin de quatre conciles pour mettre fin à ce qui lui est très tôt apparu comme une hérésie.) Or, ce qu’il faut, c’est affranchir l’homme des structures sociales qui l’ont rendu mauvais, pour qu’il redevienne bon comme dans le temps d’avant la société – on reconnaît là la position de Rousseau. Mieux, pour la gauche, l’homme est indéterminé et peut devenir ce qu’il veut, théorie héritée de Pic de la Mirandole, et dont Sartre est le porte-parole au XXe siècle.

Il y a une vingtaine d’années, pourtant, droite et gauche ont révisé leurs positions : la première a abandonné son idée de l’homme immuable, et la seconde a renoncé à créer l’homme nouveau par le constructivisme économique – mais elle a réorienté ses ambitions de transformation dans le domaine des moeurs, par le « sociétal ». Lire la suite →