« La réforme territoriale, pour quoi faire ? » retour sur le débat entre Hervé Gaymard, Gérard-François Dumont et Jean-Christophe Fromentin

reformeterritoriale2La réforme territoriale : pour quoi faire ? avec Hervé Gaymard (Député UMP de Savoie et Président du Conseil Général de la Savoie), Gérard-François Dumont (Géographe, professeur à l’université à Paris 4-Sorbonne) et Jean-Christophe Fromantin (Député-maire UDI de Neuilly-sur-Seine)

Les intervenants se sont accordés sur la nécessité de réaliser une réforme des collectivités territoriales mais ont également rejeté – de concert – la manière avec laquelle le gouvernement menait actuellement le projet. La simplification du réseau administratif, les économies attrayantes et une décentralisation des activités peuvent paraître des atouts séduisants de la loi, à condition que cela soit mené de manière intelligible et justifiée.

 

Hervé Gaymard a tenu à dénoncer les idées reçues quant aux bénéfices de cette loi ; les économies promises par ce projet de loi seraient un leurre, engendrant surtout des restrictions budgétaires sur les services à la population. Le député, qui sera également rapporteur de la loi à l’automne, souligne qu’elle ne tient pas compte de la diversité du territoire et que la création de tels nano-états fait fi des préoccupations sociales et identitaires ; qui peut, par exemple, revendiquer une identité Rhône-Alpine ? La désignation des élus par les partis s’inscrira également dans cette absence totale d’intérêt de la population locale. Les solutions proposées par l’élu sont le retour des conseillers territoriaux, le renforcement des compétences obligatoires en région et la valorisation de la région suivant son domaine de compétence (culture, tourisme, …) afin que la décentralisation soit active et efficiente. Lire la suite →

Les enjeux de la réforme territoriale

Dessin-humoristique-RTjpgDeux points nous semblent nécessaires à aborder : le fond et le calendrier. Concernant l’organisation territoriale, prenons successivement chacun des échelons. Il nous paraît indispensable de renforcer l’intercommunalité. La commune doit être préservée, contrairement à ce que souhaite par exemple François Fillon, car elle est la base d’identité de nos territoires notamment ruraux et permet l’existence d’une véritable proximité. Une piste pourrait être de diminuer le nombre de membres des conseils municipaux.
Le mouvement intercommunal doit être encouragé. Des actions ont déjà été conduites à travers les schémas départementaux. Malheureusement les services déconcentrés de l’Etat n’ont pas toujours suivi la volonté des élus locaux. L’évolution de l’intercommunalité doit être fortement appuyé, peut être en particulier en laissant l’initiative aux communes intéressées et aux structures déjà existantes s’agissant de fusions. Le processus des Schémas Départementaux de Coopération Intercommunale est lourd et l’action des services de l’Etat souvent paralysante. Nous devons également saisir l’occasion pour toiletter le système des syndicats intercommunaux pas toujours cohérents et certainement trop nombreux.

Nous sommes favorables à un mouvement conduisant à terme à une disparition des départements. Certes les Français y sont attachés. Mais sans doute plus comme référence historique que comme une réalité politico-administrative. Les compétences exercées actuellement par les départements pourraient sans problème être réparties entre les régions (collèges, routes, …) et les intercommunalités (un certain nombre d’actions sociales). La question financière, c’est-à-dire le transfert des recettes et des charges, devra être traitée avec attention. Il pourrait être utile de créer pour une durée transitoire à déterminer un conseil consultatif départemental réunissant les élus régionaux du département et les présidents des intercommunalités. Ce conseil pourrait avoir une mission d’avis sur les politiques impliquant le département. Il ferait descendre vers les intercommunalités/communes les politiques régionales et remonter les projets. Cela permettrait de maintenir provisoirement, un territoire, le département sans pour autant conserver une collectivité territoriale. La question de l’élection des sénateurs, dont la circonscription électorale est le département, devra être tranchée. Reste-t-on sur la base départementale ? S’appuie-t-on sur les limites des nouvelles régions ? Sur celles d’intercommunalités élargies ? Lire la suite →

Plaidoyer pour une Europe libre et prospère, une Europe qui respecte l’humain

JdeGTribune de Jacques de Guillebon, parue dans Nouvelles de France

« L’Europe ne sera pas nécessairement la plus puissante ou la plus riche mais bien ce coin de la planète où les hommes quels qu’ils soient pourront trouver non pas le bonheur, mais le plus de saveur, le plus de sens à la vie», écrivait Denis de Rougemont. Vœu pieux, dira le cynique. Et il est vrai que les vœux des « assis » chers à Bernanos ne se réalisent jamais. En vérité, il y aura eu peu d’instants dans l’histoire du monde où une classe politique qui, pourtant, se réjouit toute la journée de l’omnipotence de sa science et de sa technologie lesquelles, croit-elle, demain lui permettront de refabriquer les familles, de faire de l’humain un jouet à améliorer sans cesse comme une pousse de maïs de chez Monsanto™; qui, pourtant, a foi dans ses critères économiques comme la sorcière dans sa magie noire ; qui caresse avec obscénité sa petite courbe de PIB à tout bout de champ et compte les étoiles pour les ranger dans son coffre comme le personnage du Petit Prince ; il y aura eu peu d’instants où elle aura été si impuissante à changer la vie. Sortir de l’euro ? On peut pas. Contrôler les frontières ? On sait pas. Donner, sinon une définition, au moins une âme à l’Europe ? Pas possible. Négocier avec la Russie d’homme à homme ? On a peur. Rétablir l’ordre en Afrique ? C’est trop cher. En finir avec la dette ? Bof. Créer des conditions de vie décentes pour tous les citoyens ? Ça finira bien par arriver tout seul. Lire la suite →

« Liberté ou identité, faut-il choisir ? » retour sur la conférence d’Alain Finkielkraut

 

conf-finkieVous avez fait paraître L’Identité malheureuse (Stock) il y a quelques mois, un livre qui a soulevé de violentes passions. On vous a accusé, vous le descendant de Juifs polonais déportés, de faire l’apologie d’un « nationalisme barrésien. » Avez-vous changé dans votre sentiment vis-à-vis de la France ?

 

Ni dans ma pensée, ni dans mon sentiment, il n’y a eu de revirement : je ne suis pas passé de l’hostilité à l’amour. J’ai certes longtemps vécu dans un sentiment d’indifférence accompagné de méfiance à l’égard des formes du nationalisme français quand elles allaient de pair avec un antisémitisme. Si je me réfère à Barrès aujourd’hui, ce n’est pas pour une réconciliation. J’ai lu Les familles spirituelles de la France, où, en 1917, Barrès se réconcilie avec les Juifs, car il les avait vu payer le tribut du sang dans la guerre. Mais en aucun cas, je ne peux subir le reproche d’être barrésien. Je me rappelle que dans un débat où on l’interpellait sur son antidreyfusisme, Barrès répondait : « Dreyfus est coupable, je le sais de sa race, il est couleur de traitre ». Evidemment, je n’ai jamais subis pour ma part les effets de ce nationalisme. Reste que j’ai été élevé dans la méfiance à l’égard de ses manifestations.

En tant que juif, j’ai été élevé dans l’amour inconditionnel pour Israël. Pour moi, la politique se posait en termes universalistes, et ici j’avais le sentiment de vivre dans une société plus que dans une nation. Mon identité restait juive au fond. Mais en même temps, toute ma vie intellectuelle a été placée sous le signe de Péguy qui dit qu’il faut suivre des indications sans faire de plan. Or, le problème s’est posé à moi un jour sans que je l’aie cherché : la France a fait son apparition en 1989, à l’occasion du débat sur la laïcité. A Creil, un principal avait exclu trois jeunes filles qui voulaient porter le voile en classe. Cette mesure suscita une polémique très vive : les responsables des églises dirent tout de suite leur hostilité et leur inquiétude devant le retour d’une laïcité de combat. L’archevêque de Paris, le Grand rabbin comme les chefs protestants élevèrent la voix. Les associations antiracistes, elles aussi, soutenaient les jeunes filles. Avec quelques autres, je publiai un texte sous le titre : Profs, ne capitulons pas. Le Ministre de l’Education nationale de l’époque était prêt à reculer. Il pensait alors que la République ne pouvait être menacée par cette offensive. Lire la suite →

De Péguy à Finkielkraut, l’enracinement comme fondement de l’identité française

thibaudTribune de Thibaud de Bernis, parue dans le Figaro

A l’heure d’une crise idéologique de la droite française, il est temps de repenser l’identité à la lumière d’une tradition qui va de Péguy à Finkielkraut, celle de l’enracinement. C’est la mission que s’est donnée le Cercle Charles Péguy.

Poussée du Front national national-républicain, divergences à l’UMP, quasi-disparition de la démocratie chrétienne: la crise du politique s’accompagne en France d’une profonde crise identitaire de la droite. Les résultats des élections municipales prouvent une fois de plus que la droitisation de la société française se double dans le même temps de l’atomisation de cette droite. Une droite qui reste incapable de penser ni même de se penser parce qu’elle a abandonné, par lâcheté en général, les instruments intellectuels dont elle avait hérité. Face à une gauche qui la pétrifie en lui parlant d’une universalité aujourd’hui déguisée sous le nom de diversité, elle ne sait que répondre, de peur de ranimer les vieux démons de l’identité hystérisée.
Mais plus que l’identité de la droite c’est l’identité de la France, au sens où l’entendait Fernand Braudel, qu’il s’agit aujourd’hui de questionner. Identité, le mot est lâché. Alain Finkielkraut, qui en a livré une étude magistrale il y a quelques mois dans L’Identité malheureuse (Stock, 2013), a subi plus qu’à son tour les assauts de la bien-pensance, coupable qu’il était de relire Burke, Barrès ou Péguy à la lumière sombre de notre temps. Lire la suite →