De Péguy à Finkielkraut, l’enracinement comme fondement de l’identité française

mars 28, 2014 dans Actualité, On parle de nous par paris

thibaudTribune de Thibaud de Bernis, parue dans le Figaro

A l’heure d’une crise idéologique de la droite française, il est temps de repenser l’identité à la lumière d’une tradition qui va de Péguy à Finkielkraut, celle de l’enracinement. C’est la mission que s’est donnée le Cercle Charles Péguy.

Poussée du Front national national-républicain, divergences à l’UMP, quasi-disparition de la démocratie chrétienne: la crise du politique s’accompagne en France d’une profonde crise identitaire de la droite. Les résultats des élections municipales prouvent une fois de plus que la droitisation de la société française se double dans le même temps de l’atomisation de cette droite. Une droite qui reste incapable de penser ni même de se penser parce qu’elle a abandonné, par lâcheté en général, les instruments intellectuels dont elle avait hérité. Face à une gauche qui la pétrifie en lui parlant d’une universalité aujourd’hui déguisée sous le nom de diversité, elle ne sait que répondre, de peur de ranimer les vieux démons de l’identité hystérisée.
Mais plus que l’identité de la droite c’est l’identité de la France, au sens où l’entendait Fernand Braudel, qu’il s’agit aujourd’hui de questionner. Identité, le mot est lâché. Alain Finkielkraut, qui en a livré une étude magistrale il y a quelques mois dans L’Identité malheureuse (Stock, 2013), a subi plus qu’à son tour les assauts de la bien-pensance, coupable qu’il était de relire Burke, Barrès ou Péguy à la lumière sombre de notre temps.
L’identité s’oppose au premier abord aux réalité de notre temps: mondialisation, réseaux, mobilité, multiculturalisme… Aux yeux de la gauche, c’est un mot interdit. Pourtant, surtout dans sa conception française, l’identité ou plutôt les identités qui nous constituent ne relèvent pas de l’enfermement et de la régression mais participent d’une ouverture sur l’universel. Imagine-t-on Platon sans Athènes, Dante sans Florence ou Péguy sans Chartres? L’identité, lorsqu’elle procède d’un enracinement et non d’un repli artificiel sur soi, est une des conditions du déploiement de la liberté de l’homme. Péguy défendait lui-même le principe d’un «arrachement raciné» de la pensée, c’est-à-dire d’une possibilité de l’héritage et de la transmission. C’est sans nul doute cette porte qui nous a été fermée, au nom d’une fausse égalité et d’un vivrensemble tyrannique.
Quand on l’interroge sur Charles Péguy, Alain Finkielkraut répond précisément que «nous sommes comptables d’un certain héritage, nous sommes comptables d’un certain passé. Nos ancêtres nous regardent. Nous avons à nous en montrer dignes. Nous devons être à la hauteur.» C’est à une dynamique de l’enracinement spirituel et temporel que nous invite Finkielkraut. Le pessimisme de l’auteur du Mécontemporain peut rebuter certains: il a pourtant l’immense mérite d’interpeller les hommes politiques et les citoyens sur l’urgence de modifier leur regard sur notre société, d’employer les mots justes pour désigner les réalités qui s’offrent à nous. La crise du politique est une crise de la promesse et de l’action en même temps qu’un refus de la décence et de la mesure. Pour retrouver nos libertés vis-à-vis de l’Etat, des puissances d’argent et du politiquement correct, il est temps de restaurer les solidarités naturelles, le sens du bien commun et la liberté de l’esprit. C’est à quoi s’emploie, à sa mesure, le Cercle Charles Péguy aujourd’hui.

Thibaud de Bernis