Retour sur la causerie de Matthieu Schlesinger : La Boite à Idées

décembre 14, 2013 dans Comptes-rendus par paris

Nos-representantsMathieu Schlesinger est un jeune énarque et un père de famille dynamique, membre de l’équipe municipale de sa commune dans l’Orléanais, et très investi dans les questions pratiques de gestion locale. Historien de formation, il est fonctionnaire, et engagé en politique depuis une dizaine d’années. C’est dire si le service de l’Etat est chez lui une vocation.

Fondateur de «La Boîte à idées», il nous a présenté ce courant de réflexion qui innerve l’UMP depuis quelques mois comme un groupe de travail attaché à l’unité du parti, et donc à la nécessité de travailler avec tous les courants qui le composent : de Jean-François Copé à Jean-Pierre Raffarin, nombreux sont les vieux loups de mer de la droite institutionnelle qui ont fait appel à cette équipe de moussaillons déjà expérimentés pour élaborer des synthèses sur des sujets aussi divers et cruciaux que les retraites ou l’école. Mieux, la «Boîte à idées» se félicite de pouvoir réunir à l’occasion de chaleureux «pots de rentrée» des personnalités ordinairement antagonistes au sein du parti.
Le but explicite des membres de ce «think-tank», prendre et exercer le pouvoir, ressemble à la vocation du Prince de Machiavel. Le propos cependant est plus proche de Rabelais : pas d’action résolue à l’extérieur sans une saine réflexion à l’intérieur, mais pas de politique valable non plus sans une claire volonté d’agir. Si ces principes chers à Grandgousier pourraient conduire à des compromis jugés avilissants, le discours de M. Schlesinger est rigoureux sur ce point, quand certains intervenants soulèvent ce sujet délicat. Il s’agit pour eux de se tenir prêts pour 2017, en élaborant non pas un programme, qui serait prématuré, mais une réflexion raisonnable et nourrie, afin qu’il ne se passe pas à l’UMP le même malentendu qui a conduit au PS des figures fanatiques très visibles comme MM. Hamon ou Montebourg à obtenir plus d’audience que les tenants d’une ligne sociale-démocrate représentée, hélas, par M. Strauss-Kahn.
Les axes de réflexion concernent trois thèmes. La restauration de l’autorité de l’Etat dans les domaines où on l’attend traditionnellement est le premier (intégrité du territoire, respect de la propriété), et passe certainement par la redéfinition des priorités : la légitimité de certains ministères comme ceux des sports ou du tourisme est peut-être à discuter, comme la nécessité de faire cesser, d’abord à l’échelon municipal, la course aux dépenses (promesses électorales d’investissement héritées du «Noblesse oblige» de l’ancien régime !), qui se traduisent toujours par l’augmentation des impôts. Le second est la réforme du système social français, issu du programme construit en 1944 par le Conseil national de la Résistance, et qui est peut-être obsolète (rôle des syndicats, système des retraites…). Le dernier, et le plus important dans une période d’incertitude comme la nôtre, c’est la défense de la famille, au sein de laquelle se transmettent les valeurs communes. Il faudra que l’UMP, qui n’est pas pour l’abrogation de la loi Taubira, réponde pourtant au million de néo-manifestants que cette loi a soulevé.
L’exposé s’achevant, les membres de l’assistance ont pu soumettre à l’orateur des questions souvent épineuses : comment expliquer que la droite elle-même ait été à l’origine de certaines réformes mises en oeuvre par la gauche actuellement au pouvoir (l’enseignement de la théorie du genre à l’école…) ? comment expliquer que le MEDEF soit plutôt un artisan de la réglementation qu’un organe de libéralisation du droit des entreprises ? M. Schlesinger a plusieurs fois partagé la perplexité des intervenants, et s’est fait un point d’honneur de répondre clairement aux questions assez hostiles de certains jeunes gens sur l’immigration – questions polémiques sur sa réduction à un taux nul et sur les difficultés de l’intégration, qui entretiennent le mécontentement parmi certains de nos concitoyens. Le débat a été agité à certains moments, les intervenants n’écoutant pas toujours ce que disait leur interlocuteur. Mais si le Cercle Charles-Péguy parvient à établir dans ce genre de confrontation un climat d’écoute attentive plutôt que de polémique passionnée, il enrichirait beaucoup le paysage français de la réflexion politique.
Souhaitons-lui ce destin.

 

Mélanie MARTIN pour le Cercle Charles Péguy de Paris