« La théorie du genre » retour sur la conférence de Gérard Leclerc

novembre 12, 2013 dans Comptes-rendus par paris

conf-gerardJeudi 7 novembre, le Cercle Charles Péguy se réunissait autour de Gérard Leclerc, essayiste et journaliste catholique, autour de la question  » La théorie du genre ».

Gérard Leclerc est éditorialiste à Radio Notre Dame et France Catholique. Il contribue à KTO et au Figaro. Il est l’auteur de plusieurs essais, dont L’amour en morceaux.

 

Le « mariage pour tous » et la propagande qui l’entoure ne datent pas d’hier. En 68, la révolution politique n’eut pas lieu mais un autre événement d’une tout autre nature se produisit: un bouleversement des esprits et des mœurs. Pierre Chaunu y voyait « le changement des attitudes devant la vie ». Chaunu se réfère à deux énigmes statistiques : la nuptialité et la démographie. Il constate qu’à cet instant, le mariage durable s’est écroulé.

Ce sont bien les mentalités qui ont mutées. Le quartier latin connaissait alors une mutation philosophique. Le marxisme et l’existentialisme étaient en déclin face à d’autres philosophies : Derrida, Michel Foucault (dont les livres étaient vus comme des phares de la pensée), ou encore Gille Deleuze, qui publia un livre cette même année : l’Anti-Œdipe, entendant par là tuer l’Oedipe freudien. Il faut dézinguer la famille qui n’est à ses yeux qu’un dispositif répressif et autoritaire qui commande l’ensemble du corps social. Afin de libérer la société, les « désirants » voulaient supprimer toutes les digues sur leur chemin, à commencer par la famille.

On passa donc d’une révolution politique à une révolution culturelle. On agissait par le biais des mœurs, des pratiques sexuelles, de l’évolution des structures familiales. Marcuse avait écrit peu de temps auparavant Eros et civilisation, où il établit, contre Freud, le principe de plaisir : il instaure une sorte de plasticité de la société qui devient alors plus douce et plus transparente. Eros devient le fondement de toute chose en terme de rapports sociaux.

En 68, personne n’avait lu Marcuse. Mais quand ce livre parut, on se reconnut rapidement puisqu’il définissait cette révolution en cours de production.

Les représentations culturelles furent alors, sinon inversées, détruites. Le mouvement hippie qui a les mêmes caractéristiques que la révolution marcusienne faisait éclater les structures sociales pour reconstruire le lien social à partir d’Eros : Peace and Love. Il servit rapidement de modèle. Les « désirants » partirent alors aux Etats-Unis. Mais leurs auteurs disparurent rapidement dans les années 80, une fois les socialistes au pouvoir. Comme si l’avènement du président Mitterrand correspondait au déclin de la pensée de gauche.

Ce fut le retour des libéraux, de Tocqueville et de l’école antimarxiste en histoire (dont Furet fut un des ténors). Les idées subversives furent rangées dans un tiroir, mais leur succès s’exporta aux Etats Unis. La conjonction se consomma alors entre la French Theory et les mouvements féministes et homosexuels des années 70. De nouveaux concepts furent forgés dans leur contestation. C’est à ce moment que la théorie du genre naquit.

Dans L’émancipation de Kant à Deleuze règne l’idée qu’il y aurait une contradiction entre l’émancipation personnelle et politique. Pour Foucault, le problème tenait à la construction de soi. Sartre, qui croyait en la primauté de la liberté, ne reconnaissait son terrain d’élection que dans la politique. Tandis qu’il résidait dans les mœurs pour les autres. Le problème se posa alors dans les années 80 aux Etats Unis. Comment faire la liaison entre les deux domaines ? Par les mœurs, on essayait de démolir le politique et le lien social. Mais une destruction implique une reconstruction. Et c’est le problème du mariage pour tous. Ce mariage consiste à faire un lien entre l’émancipation politique et l’émancipation des mœurs. Cette dernière passe-t-elle par la fin des structures maritales ou leur transformation intense ? On a d’abord tenté de les supprimer. Le mouvement homosexuel en France voulait d’abord détruire la famille : l’homosexualité était une révolte contre la famille. Le passage à cette loi fut donc très étrange. Eric Fassin propose le mariage homosexuel pour détruire la réalité du mariage en soi. Hegel appelait cela la « ruse de la raison » : former un nouveau mariage pour mieux détruire l’original. D’autres furent d’abord contre le mariage, puis contre le paternalisme, pour enfin se rallier au mariage pour une nouvelle forme de sociabilité répondant aux évolutions « naturelles » de la société : cela étant l’assise positive du mariage.

Le drame du sida y est pour beaucoup. D’une position de nantis, les homosexuels demandèrent alors une légitimation morale dans le droit positif. Cette maladie était conçue comme une injustice fondamentale. Il fallut donc élever l’homosexualité sur la même légitimité par soucis d’équilibre. Ce fut donc essentiellement le drame du sida qui donna cette mutation de la déconstruction à la reconstruction.

GPA et PMA ne sont que les dispositifs techniques de cette révolution de fond. Elles permettent de changer la société : elles sont le levier qui permet de passer de la société patriarcale à la société multi sexuelle. Bernanos l’avait annoncé : « révolutionner l’anthropologie par la dictature de la technique », en démolissant l’homme et l’humanité par la technique. Car PMA-GPA signifient usines à enfants et industrialisation du corps humain. La différence sexuelle est le fondement de notre société. Mais comment parler de droit naturel ? Il faut lever la question de la nature humaine. Il faut donc de toute manière dépasser le naturalisme et la biologie. L’auto-développement de l’homme ne se fait qu’à partir de sa condition biologique et corporelle. La nature biologique n’est que psychique. Le corps n’est que psychique.