«L’oeil de Péguy s’avère plus que jamais utile et pertinent pour appréhender notre monde»

septembre 10, 2014 dans Actualité, On Parle de Nous par paris

Tribune d’Arthur de Watrigant, parue dans le Figaro Arthur de Watrigant prend la défense de Charles Péguy, souvent mal interprété ou trop vite lu par des intellectuels de gauche, prompts à le taxer de traîtrise ou de racisme. Péguy et la Gauche, ça grince. Comme un caillou glissé dans le soulier. Peu s’en réclament et lorsque certains le citent, l’absurde pointe son nez. BHL , notre VRP national qui fait grimper le cours des roquettes dès qu’il remue les lèvres, l’accusa même naguère de trahison dans L’idéologie française, lui reprochant d’avoir contribué avec Barrès à la naissance d’un national-socialisme en VF. «Traître» le mot est lâché. Lui, le socialiste, aurait trahi ses idéaux originaires de gauche. On lui reproche d’avoir réfuté le déterminisme matérialiste de cette gauche, en se rapprochant de Bergson, en se convertissant à la religion catholique. Si les balles allemandes eurent raison de son corps un soir de septembre 1914, les salves meurtrières affluèrent sur son âme peu après. Dès 1927, Julien Benda écrivit dans La trahison des clercs: «Tous les moralistes écoutés en Europe, les Bourget, les Barrès, les Maurras, les Péguy, les D’Annunzio, les Kipling, l’immense majorité des penseurs allemands ont glorifié l’aspiration des hommes à se sentir dans leur nation, dans leur race en tant qu’elles les distinguent et qu’elles les opposent.» Tout le monde le sait, les morts se libèrent de leurs véritables pensées et s’ils ne le font pas, d’autres s’en chargent pour la bonne cause. De socialisme patriote à nazi français il n’y a qu’un pas, selon nos «chargés de conscience» qui rendent impure la pureté, raciste la race et hostile l’enracinement. Comme le rappelait Alain Finkielkraut dans son Mécontemporain, «Quand Péguy parle de race… il affirme la liaison intime d’un peuple et d’une idée… la race n’est pas, comme le veut le raciste, l’impossibilité de faire autrement, elle se définit par le fait doublement paradoxal de naître avec une parole d’honneur et de pouvoir s’y dérober à tout instant». Il n’est nullement là question de race pure, d’ordre ethnique ou de phobie du mélange. Ce n’est ni une fatalité, ni une exclusion mais bien une exigence, celle de garder pure l’intention. Fidélité à un peuple, enracinement: Péguy défendait lui-même le principe d’un «arrachement raciné» de la pensée, c’est-à-dire l’héritage auquel l’individu doit se soumettre et qu’il doit transmettre. Autant de portes fermées au nom d’une fausse égalité, autant de mots et de sujets confisqués au nom d’un vivre-ensemble tyrannique, autant de déshérités au nom d’une prétendue liberté. L’œil de Péguy s’avère plus que jamais utile et pertinent pour appréhender notre monde. Sa critique de la modernité, son intransigeance et son patriotisme constituent un arsenal dont il serait dommage de se passer. C’est une invitation à la résistance culturelle, intellectuelle et spirituelle qu’il nous propose, lui le poète, le socialiste, le patriote, le catholique, le révolutionnaire, l’antimoderne, lui qui tomba à la Bataille de l’Ourcq il y a 100 ans, alors que résonnait «ce karaoké d’estrade», l’hymne de cette France qu’il aima jusqu’au sacrifice. Il nous invite à être témoins de l’espérance mais enracinés dans l’intransigeance. Thibaud de Bernis et les membres du bureau du Cercle Charles Péguy de Paris vous invitent à une messe célébrée en la basilique Sainte-Clotilde, par le Père Laurent Stalla Bourdillon, curé de la paroisse Saint Clotilde, à l’intention du Lieutenant Charles Péguy, mort il y a 100 ans au champ d’honneur. Vendredi 5 septembre à 19H dans la Basilique Saint-Clotilde (23bis Las-Cases Paris 7)

5 septembre : messe pour Charles Péguy, mort au champ d’honneur

septembre 4, 2014 dans On Parle de Nous par paris

Annonce parue dans le Salon Beige et le Figaro

 

Thibaud de Bernis et les membres du bureau du Cercle Charles Péguy de Paris vous invitent vendredi 5 septembre à une messe célébrée en la basilique Sainte-Clotilde, par le Père Laurent Stalla Bourdillon, curé de la paroisse Saint Clotilde à Paris, à l’intention du Lieutenant Charles Péguy, mort il y a 100 ans.

Vendredi 5 septembre 19H Basilique Saint-Clotilde 23 bis Las-Cases Paris 7

Plaidoyer pour une Europe libre et prospère, une Europe qui respecte l’humain

mai 13, 2014 dans Actualité, On Parle de Nous par paris

JdeGTribune de Jacques de Guillebon, parue dans Nouvelles de France

« L’Europe ne sera pas nécessairement la plus puissante ou la plus riche mais bien ce coin de la planète où les hommes quels qu’ils soient pourront trouver non pas le bonheur, mais le plus de saveur, le plus de sens à la vie», écrivait Denis de Rougemont. Vœu pieux, dira le cynique. Et il est vrai que les vœux des « assis » chers à Bernanos ne se réalisent jamais. En vérité, il y aura eu peu d’instants dans l’histoire du monde où une classe politique qui, pourtant, se réjouit toute la journée de l’omnipotence de sa science et de sa technologie lesquelles, croit-elle, demain lui permettront de refabriquer les familles, de faire de l’humain un jouet à améliorer sans cesse comme une pousse de maïs de chez Monsanto™; qui, pourtant, a foi dans ses critères économiques comme la sorcière dans sa magie noire ; qui caresse avec obscénité sa petite courbe de PIB à tout bout de champ et compte les étoiles pour les ranger dans son coffre comme le personnage du Petit Prince ; il y aura eu peu d’instants où elle aura été si impuissante à changer la vie. Sortir de l’euro ? On peut pas. Contrôler les frontières ? On sait pas. Donner, sinon une définition, au moins une âme à l’Europe ? Pas possible. Négocier avec la Russie d’homme à homme ? On a peur. Rétablir l’ordre en Afrique ? C’est trop cher. En finir avec la dette ? Bof. Créer des conditions de vie décentes pour tous les citoyens ? Ça finira bien par arriver tout seul.

Dans son fatalisme, la seule réponse qu’elle donne continûment à ses administrés las voire coléreux, c’est de créer plus d’Europe. Inutile de chercher ni le sens ni l’opportunité de ce mantra que de Gaulle avait déjà moqué il y a bientôt cinquante ans. Le fait est qu’elle n’en a pas d’autre. Partout en Europe, dans les élections qui viennent, les partis de gouvernement autoproclamés vont prendre la pile de leur vie. Ils le savent, ils espèrent seulement limiter les dégâts. On sait qui va récolter les fruits de leur impotence.

Nous ne nous en réjouissons pas. Non que nous craignions le retour du fascisme ou de la bête immonde au ventre toujours, etc., mais simplement que nous ne croyons pas que les solutions proposées par les mouvements d’extrême droite ou populistes, même si ces termes sont bâtards, disons eurosceptiques et souverainistes, soient idoines.

La remise en cause de l’euro dans sa forme actuelle est certes souhaitable. La création d’un protectionnisme intelligent l’est aussi. La surveillance des frontières l’est encore. Mais ce sont des rustines. Pour filer la métaphore, quand la roue du vélo crève, il est nécessaire d’en colmater les trous. Mais il est au moins aussi nécessaire de la regonfler ensuite, et l’on ne voit ce qui, notamment dans un Front national emphilippoté jusqu’à la moelle, ferait office de pompe.

Nulle part on ne voit en effet que souffle quelque esprit ni européen ni français qui permette la résurrection de ce continent exténué. Le national de ce front n’est pas celui de de Gaulle, ni celui de Barrès, pas même celui de Déroulède, il est seulement la transcription politique de ce sentiment corporate que vendent les nouveaux managers aux entreprises. La France, ni l’Europe ne sont seulement des familles ou des entreprises. Elles vivent de bien autre chose, mais quelque chose que les énarques n’ont jamais su quantifier parce que cela leur demeure impalpable. Et il ferait beau voir qu’au pays de Jeanne d’Arc, de Saint Louis et de Bonaparte, l’on laissât faire la politique par des technocrates.

Nous affirmons bien au contraire d’eux, et bien au contraire aussi des sociaux-démocrates de droite comme de gauche, le génie incomparable de l’Europe, cet universel singulier, là où ont été élaborées les plus grandes libérations de l’humain, depuis la Grèce jusqu’à la démocratie contemporaine en passant par Rome et Jérusalem, le Moyen-Âge et la Renaissance. Nous affirmons que nous savons d’où vient ce génie, c’est-à-dire du christianisme, et nous nous en vantons. Nous nous vantons de ne savoir nous en passer jamais. Pourquoi ? Parce qu’il n’y aura aucune définition de la dignité inaliénable de l’homme sans lui. Parce que c’est à cause de lui que nous nous interdirons toujours de jamais toucher un cheveu d’un pauvre, d’un enfant, d’un faible, d’un handicapé, d’un exclu. Ainsi, nous ne plaidons pas pour une Europe puissante ou riche. Nous plaidons pour une Europe libre et prospère, qui ne saurait exister sans se fondre dans cette écologie intégrale qui respecte enfin le rythme de la nature comme le rythme de l’homme, dans sa chair et son esprit.

Et avec ces seules armes, nous incendierons le monde moderne.

Jacques de Guillebon, pour le Cercle Charles Péguy

De Péguy à Finkielkraut, l’enracinement comme fondement de l’identité française

mars 28, 2014 dans Actualité, On Parle de Nous par paris

thibaudTribune de Thibaud de Bernis, parue dans le Figaro

A l’heure d’une crise idéologique de la droite française, il est temps de repenser l’identité à la lumière d’une tradition qui va de Péguy à Finkielkraut, celle de l’enracinement. C’est la mission que s’est donnée le Cercle Charles Péguy.

Poussée du Front national national-républicain, divergences à l’UMP, quasi-disparition de la démocratie chrétienne: la crise du politique s’accompagne en France d’une profonde crise identitaire de la droite. Les résultats des élections municipales prouvent une fois de plus que la droitisation de la société française se double dans le même temps de l’atomisation de cette droite. Une droite qui reste incapable de penser ni même de se penser parce qu’elle a abandonné, par lâcheté en général, les instruments intellectuels dont elle avait hérité. Face à une gauche qui la pétrifie en lui parlant d’une universalité aujourd’hui déguisée sous le nom de diversité, elle ne sait que répondre, de peur de ranimer les vieux démons de l’identité hystérisée.
Mais plus que l’identité de la droite c’est l’identité de la France, au sens où l’entendait Fernand Braudel, qu’il s’agit aujourd’hui de questionner. Identité, le mot est lâché. Alain Finkielkraut, qui en a livré une étude magistrale il y a quelques mois dans L’Identité malheureuse (Stock, 2013), a subi plus qu’à son tour les assauts de la bien-pensance, coupable qu’il était de relire Burke, Barrès ou Péguy à la lumière sombre de notre temps.
L’identité s’oppose au premier abord aux réalité de notre temps: mondialisation, réseaux, mobilité, multiculturalisme… Aux yeux de la gauche, c’est un mot interdit. Pourtant, surtout dans sa conception française, l’identité ou plutôt les identités qui nous constituent ne relèvent pas de l’enfermement et de la régression mais participent d’une ouverture sur l’universel. Imagine-t-on Platon sans Athènes, Dante sans Florence ou Péguy sans Chartres? L’identité, lorsqu’elle procède d’un enracinement et non d’un repli artificiel sur soi, est une des conditions du déploiement de la liberté de l’homme. Péguy défendait lui-même le principe d’un «arrachement raciné» de la pensée, c’est-à-dire d’une possibilité de l’héritage et de la transmission. C’est sans nul doute cette porte qui nous a été fermée, au nom d’une fausse égalité et d’un vivrensemble tyrannique.
Quand on l’interroge sur Charles Péguy, Alain Finkielkraut répond précisément que «nous sommes comptables d’un certain héritage, nous sommes comptables d’un certain passé. Nos ancêtres nous regardent. Nous avons à nous en montrer dignes. Nous devons être à la hauteur.» C’est à une dynamique de l’enracinement spirituel et temporel que nous invite Finkielkraut. Le pessimisme de l’auteur du Mécontemporain peut rebuter certains: il a pourtant l’immense mérite d’interpeller les hommes politiques et les citoyens sur l’urgence de modifier leur regard sur notre société, d’employer les mots justes pour désigner les réalités qui s’offrent à nous. La crise du politique est une crise de la promesse et de l’action en même temps qu’un refus de la décence et de la mesure. Pour retrouver nos libertés vis-à-vis de l’Etat, des puissances d’argent et du politiquement correct, il est temps de restaurer les solidarités naturelles, le sens du bien commun et la liberté de l’esprit. C’est à quoi s’emploie, à sa mesure, le Cercle Charles Péguy aujourd’hui.

Thibaud de Bernis